Economie & Finance

La Banque mondiale et le FMI, quelle différence?

Souvent, pour beaucoup de gens, la différence entre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne frappe pas toujours aux yeux. Pourtant, ces deux organisations sont bel et bien différentes. De ce fait, à travers cet article, nous dressons le distinguo au moyen d'un prisme d'analyse constitué de trois éléments. À savoir, leurs missions principales, leurs mécanismes d'actions et les critiques de leurs actions.

La genèse

À l'été de l'année 1944, sur la côte Est des États-Unis, plus précisément dans le New Hampshire, deux grandes Organisations Internationales ont pris naissance. En effet, il s'agit de la Banque Mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI). Ce 22 juillet là, celles-ci héritèrent de géniteurs communs: les accords de Bretton Woods, avec lesquels elles partagent toutes les compatibilités. Au départ, la mission est claire pour les deux progénitures: réguler le système monétaire international après la fin de la Seconde Guerre mondiale et ceci sur fond de reconstruction de l'Europe d'après guerre. 

De nos jours encore, à cause de leurs origines communes, beaucoup de gens parviennent difficilement à faire une différence entre les deux organisations. Ou encore, pour d'autres la frontière entre les deux s'avère poreuse. Dès lors, il serait de bon aloi de faire le point à partir de ce constat. D'où la légitimité de notre questionnement :"la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, quelle différence?"

L'évolution

Au fil du temps, la principale mission assignée à la naissance aux organisations jumelles, s'est retrouvée dépasser par de nouvelles préoccupations d'ordre mondiale telles que le développement durable et la lutte contre la pauvreté et les inégalités entre autres. C'est donc un impératif pour les progénitures des accords de Bretton Woods de grandir et de s'adapter. À ce stade, la nécessité se fait sentir, pour la BM et le FMI, de prendre des chemins différents et de s'attribuer de nouvelles missions répondant aux enjeux et aux contextes mondiaux. Concrètement, nous pouvons comprendre la distinction qui réside entre les deux mastodontes à travers un prisme constitué en trois parties: leurs missions principales, leurs mécanismes d'actions et les critiques de leurs actions.

À propos du Fonds monétaire international

Dès les années 70, avec l'adoption du taux de change flottant (i.e. c'est la conjoncture du marché qui détermine le taux de change), le FMI s'adjuge la mission principale d'aider les pays confronter à des difficultés financières. 

En outre, dans cette optique, le FMI en son article I de son statut, vise à "Encourager la coopération monétaire internationale ; faciliter l'expansion et l'accroissement harmonieux du commerce mondial ; promouvoir la stabilité des changes ; aider à établir un système multilatéral de paiements ; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des États membres qui font face à des difficultés de balance des paiements..."

Ainsi, pour expliquer son mécanisme d'action, nous pouvons prendre comme exemple Haïti, avec une balance de paiement déficitaire. De manière classique, ce déficit peut être comblé par la réserve de devises convertibles (en dollars) détenue par la Banque de la République d'Haïti (BRH). Mais, dans le cas où cette réserve parviendrait à s'épuiser, le pays serait en difficulté de régler ses importations. Et c'est à ce moment que le pays peut solliciter l'aide du FMI. Ce dernier peut lui octroyer un prêt en contrepartie de conditions qui peuvent prendre la forme de mesures de réformes économiques. D'une part, ces mesures peuvent inciter l'État à réduire ses dépenses. Entre autres, par l'annulation des subventions sur les produits pétroliers, la diminution du train de vie de l'État et la privatisation des entreprises publiques...

D'autre part, elles peuvent encourager l'État à augmenter ses recettes. Entre autres, par l'augmentation des impôts et taxes, ou encore, par l'ouverture du pays au commerce international.

Néanmoins, à l'heure actuelle, le FMI souffre d'une sérieuse crise de légitimité, pas seulement en Haïti mais aussi à travers le monde. Pour cela, nous avons répertorié deux critiques principales à son sujet. D'abord, le système de vote basé sur l'attribution des quotes-parts liés au poids économique du pays membre. Ce qui permet aux États-Unis de disposer du droit de veto en raison de sa détention de la plus importante des quotes-parts, soit près de 18%. L'Union Européenne y est tout aussi puissante avec près de 30% des droits de vote. Dans une certaine mesure, ces données alimentent la perception par laquelle le FMI est un instrument au service des puissances impérialistes qui le finance. Ensuite, l'inefficacité des mesures imposées par le FMI par le biais de conditionnalités d'ajustement structurel. 

À propos de la Banque mondiale

Maintenant, en ce qui concerne la Banque Mondiale, après la reconstruction des pays belligérants comme le Japon et les pays d'Europe d'après guerre, elle s'est réorientée. Désormais, il s'agit pour la BM de se pencher davantage sur les pays en retard de développement. C'est ainsi qu'elle s'est donnée pour mission de "s'engager en faveur de la réduction de la pauvreté, d'un plus grand partage de la prospérité et de la promotion d'un développement durable"

Par ailleurs, il faut mentionner que le Groupe Banque Mondiale est composée de cinq institutions principales aux moyens desquelles elle articule ses mécanismes d'actions. Cependant, pour ce qui nous intéresse, la Banque Mondiale, pour sa part, en est constituée de deux. À savoir, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l'Association internationale de développement (IDA) qui accompagnent financièrement et techniquement la mise en place de projets de développement dans les pays en développement. De plus, la BM évolue dans le domaine de la recherche et met en place des programmes de développement soit directement ou indirectement par l'entremise des ONG. En fait, ces programmes sont relatifs à divers domaines tels que la micro finance, l'industrie, l'agriculture, l'environnement, l'éducation, la santé, etc.

Par contre, à l'instar du FMI, les actions de la BM font elles aussi l'objet de nombreuses critiques, notamment de la part de pays bénéficiaires. Entre autres, nous identifions quatre critiques principales. Premièrement, les mesures de bonne gouvernance insérées dans les conditionnalités des prêts sont jugés inadaptées aux réalités sociales, politiques et économiques des pays bénéficiaires. Deuxièmement, la BM est accusée de ne pas lutter efficacement contre les inégalités et de négliger les impacts sociaux et environnementaux de leurs projets. Troisièmement, les altermondialistes blâment la BM d'adopter des mesures trop libérales et de servir davantage les intérêts des pays développés plutôt que ceux de la population du pays en difficultés. En dernier lieu, des organismes reprochent à la BM son laxisme face aux gabegies des gouvernements parfois corrompus des pays bénéficiaires de ces aides.

Conclusion

En somme, tout au long de cet article, nous avons tenté de dégager la différence qui existe entre la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI). À travers notre prisme d'analyse constitué par un triple objectif, à savoir: leurs missions principales, leurs mécanismes d'actions et les critiques des actions de ces deux institutions majeures. De cette manière, notre analyse a permis de constater que les progénitures des accords de Bretton Woods, Banque mondiale et FMI, sont différentes à plusieurs niveaux. Même si, de nos jours, leurs missions peuvent être complémentaires; ces institutions liées à l'Organisation des nations unies (ONU) se trouvent, bon gré mal gré, sous l'influence de puissances comme les États-Unis. Par conséquent, elles seront considérées systématiquement comme anges par les uns et démons par les autres. 

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