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L’holacratie : l’organisation hiérarchique démythifiée

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Dès lors que l’on parle de structure organisationnelle, la plupart des étudiants en gestion des affaires, des professionnels en management et des responsables d’entreprises vous réciteront le crédo de l’organisation hiérarchique comme modèle de structure organisationnelle. N’en déplaise à Henry Mintzberg, Max Weber, Henry Fayol et les tenants de la théorie traditionnelle de l’organisation. Un fait est qu’aujourd’hui, la structure hiérarchique a montré ses limites et traîne avec elle une nuée de réalités nocives à l'organisation moderne.

En outre, ces dites réalités sont entre autres le manque de dynamisme face aux changements, la lourdeur administrative,  le manque de créativité, la faible capacité d'innovation, les abus de pouvoir, le peu de synergie entre les services et l'esprit d'initiative des collaborateurs bridé par les supérieurs. Désormais, une nécessité se fait sentir, celle de changer définitivement la donne et de trouver une alternative sérieuse à l'organisation hiérarchique. En effet, parmi les pistes de solutions qui peuvent exister, nous choisissons de mettre en lumière l'une d'entre elles qui se démarque des autres par son caractère innovant. De plus, l’expansion de cette innovation s'annonce virale et affectera toutes  les composantes de l’organisation : du centre opérationnel, en passant par la ligne hiérarchique, au sommet stratégique.

Faisons les présentations…

À ce stade, chers lecteurs, nous vous présentons l’holacratie : l’innovation qui redéfinie et fait revivre l’organisation dans son ensemble. En effet, l’holacratie (holacracy en anglais) est un système de management de l’entreprise, inventé au début des années 2000 par Brian Robertson, au sein de sa compagnie Tenary Software. L’holacratie tire donc son essence des méthodes agiles (adaptation rapide à l’évolution de l’environnement) et du Lean management (opération épurée), une méthode appliquée en gestion des opérations et de la production (GOP).

Selon Brian Robertson, «l'holacratie est une nouvelle façon de structurer et de gérer l'organisation qui remplace l'organisation hiérarchique conventionnelle.  Au lieu de fonctionner par le haut, le pouvoir est distribué dans l’ensemble de l’organisation, ce qui donne aux individus et aux équipes plus de liberté pour s’autogérer, tout en restant aligné sur les objectifs de l’organisation.»

En d'autres termes, l’holacratie est un type de management alternatif dans la mesure où elle révolutionne les liens d’autorité supérieurs-subordonnés des organisations hiérarchiques, en redistribuant l’autorité et la responsabilité à tout le personnel.

En quoi est-elle si différente ?

Maintenant que les présentations sont faites, il serait convenable de vous entretenir davantage sur ce système d’organisation novateur. Tel que nous le connaissons, le contexte organisationnel d’aujourd’hui nous a habitué aux rôles souvent statiques, la hiérarchie des individus, la lenteur du flux d’information et aux luttes de pouvoirs entre autres. Cependant, l’holacratie revêt une toute autre réalité. À savoir, des rôles dynamiques, l’autorité partagée entre les postes, l’autonomisation des collaborateurs, des règles du jeu transparentes et une hiérarchie claire des tâches ou des rôles mais pas des individus. Pour appuyer cela, les propos de Michael Bürgi (coach et spécialiste du développement de l’organisation chez Swisscom) à l’égard de l’holacratie sont clairs : « c’est une hiérarchie du travail, pas une hiérarchie de personnes dans laquelle la dépendance, les micro-politiques et les démonstrations de forces imprègnent le quotidien, la collaboration et les relations.»

De ce fait, nous comprenons que le pouvoir se trouve au niveau des rôles mais non au niveau des individus. Par conséquent, l’holacratie apporte plus de souplesse et de flexibilité aux entreprises qui l’ont intégrée dans leurs structures.

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Par ailleurs, l’holacratie se présente comme un socle sur lequel les entreprises ont le choix de mettre en place des processus selon leurs convenances. Bien entendu, en respectant la structure de l’holacratie déterminée par les cercles et les rôles.

En d’autres termes, l’holacratie n’impose pas de règles du jeu mais elle les détermine afin d’aider les entreprises dans l’atteinte de leurs objectifs.

L’heure du bilan

À tout considérer, l’holacratie est un système qui demande un réel dépassement de soi, dans la mesure où, le dirigeant doit accepter de céder son autorité aux règles du jeu. Du coup, le pouvoir passera de ses mains aux règles qui définissent la mission de l’entreprise. Malgré cette contrainte, Bernard Marie Chiquet (Master coach en holacratie et fondateur d’iGi Partners), dénombre 300 organisations qui pratiquent l’holacratie aujourd’hui dans le monde. Et parmi cette cohorte, nous pouvons citer Danone, une multinationale dans le domaine de l’alimentation.

À tous les égards, le bilan est on ne peut plus réjouissant, puisque de plus en plus d’entreprises sont conscientes des avantages de l’holacratie. Par le biais de celle-ci, l’employé passe du statut de simple exécutant à celui d’entrepreneur leader dans ses rôles.

Actuellement, grâce à elle, une mutation est en train de prendre forme sous nos yeux. Le modèle hiérarchique classique fait place à l’holacratie. L’entreprise est sur le point de passer de la pyramide au cercle.

Comments (6)

  1. Avatar

    Je vous remercie pour cet article et vous félicite pour un travail aussi bien charpenté. Après avoir lu l’article, mes inquiétudes vis à vis de l’holacratie n’ont fait que s’agrandir.
    Les idéaux de l’holacratie partent du principe que tous les collaborateurs auraient davantage le droit de s’exprimer et de prendre des initiatives, qu’il y aurait une plus ample automatisation et responsabilisation du personnel. L’holacratie ne tient alors pas compte des différences d’attitude, d’aptitude et de personnalité des individus au sein d’une organisation, de plus elle ne tient pas compte des différentes circonstances dans lesquelles le particulier aura à prendre des décisions.
    Pour toutes ces considérations, mettre en place un tel système de management risque de paralyser plus d’un, sur la base qu’on y retrouve des traits de caractère incompatibles avec le nouveau mode de management de l’entreprise.
    Pour finir, je ne pense pas que l’holacratie est un système a implémenter dans son organisation a tout prix, personnellement je pense qu’il serait mieux adapté pour les projets. Cependant, pour les routines organisationnelles j’éprouve une profonde réticence quant à son efficacité.

    • Luc-Daniel COSSIER
      Luc-Daniel COSSIER

      Vous avez mentionné « l’automatisation du personnel » parmi les idéaux de l’holacratie…

      Par contre, je rectifie pour dire qu’on parle de préférence de « l’autonomisation du personnel »

  2. Avatar

    Très bon article Cossier. D’après ce que j’ai lu, si j’ai bien compris, cette méthode représente une politique d’entreprise qui permet à une organisation de s’auto gérer et implique les parties prenantes dans le processus décisionnel. Mais, il n’y a pas avantages sans inconvénients j’aimerais connaître ceux de cette méthode, en gros ses failles. Et puis pensez-vous que les MPME peuvent adopter ce type de gouvernance?

    • Luc-Daniel COSSIER
      Luc-Daniel COSSIER

      Merci Joéla.

      En effet, l’holacratie est considérée comme faisant partie des stratégies et politiques générales de l’organisation.

      • Luc-Daniel COSSIER
        Luc-Daniel COSSIER

        Comme je l’ai mentionné à Weshe, l’holacratie a des limites. Mais cet aspect sera abordé dans un autre article.

        Néanmoins, je vous fais remarquer que l’holacratie peut être adaptée à toutes les tailles d’entreprises.
        Que ce soit les multinationales, les grandes entreprises ou encore les MPME comme vous dites.

  3. Luc-Daniel COSSIER
    Luc-Daniel COSSIER

    Votre commentaire est de très bonne facture Weshe.
    Cependant, quant à vos inquiétudes je vous rassure que cet article n’est que le premier d’une série.

    C’est-à-dire que nous traiterons d’autres angles et d’autres aspects de l’holacratie.

    Néanmoins, Comme toutes œuvres humaines, l’holacratie présente des limites. Là-dessus, l’objectif est de les montrer dans un prochain article.

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